Depuis 10 ans, le rythme des transactions sur les marchés financiers n’a cessé de s’accélérer. Dans cette quête de la microseconde, algorithmes mathématiques et ordinateurs se sont substitués à l’activité humaine. À l’origine d’une véritable révolution technologique, ils permettent d’exécuter les transactions financières à très grande vitesse. C’est le Trading à Haute Fréquence (HFT) dont la pratique concerne aujourd’hui de 50% (Europe) à 80% (USA) des transactions financières. Quels sont ses effets sur les marchés et ses acteurs ? Quelle surveillance envisager face à ce phénomène ? Pour mieux comprendre l’impact et les enjeux du HFT, Laurent Germain, professeur de Finance à TBS, a partagé les conclusions de ses recherches, dans le cadre de la troisième Matinale de la Recherche.


Regardez la vidéo de la troisième Matinale de la Recherche « Quel avenir pour le Trading Haute Fréquence ? »

Première édition parisienne des Matinales de la Recherche de TBS

Les Matinales de la Recherche ont été conçues par TBS, dans un format interactif et opérationnel dans le but de diffuser, auprès des décideurs, la recherche en gestion de ses 97 enseignants-chercheurs.
La 3ème édition des « Matinales de la recherche » traitait du Trading à Haute Fréquence. Elle s’est déroulée pour la première fois, dans les locaux du campus parisien de TBS et a réuni une vingtaine personnes (responsables d’entreprise, enseignants, journalistes…). Principal intervenant de cette conférence, Laurent Germain a fait découvrir au public l’un des domaines les plus avancés de la recherche en Finance, le Trading à Haute Fréquence.

« Je suis très heureux de vulgariser mes travaux de recherche parce que c’est quelque chose de rare dans le domaine de l’économie et de la gestion. Ce sont des domaines dans lesquels il n’y a pas de revue de vulgarisation comme il en existe en mathématiques, en physiques ou en biologie. Pourtant ces travaux présentent un intérêt direct pour les opérateurs économiques, ces questions sont discutées par exemple à l’AMF*», indique Laurent Germain, professeur de finance à TBS.
*AMF : Autorité des Marchés Financiers

Le Trading Haute Fréquence, une pratique et un domaine de recherche actifs

Né avec l’informatisation des ordres boursiers et renforcé par le progrès technologique, le Trading Haute Fréquence permet à des banques ou à des organismes dédiés de transmettre des ordres aux marchés financiers avec une très grande rapidité. Ce sont ainsi des ordinateurs se substituant à l’intervention humaine qui, à partir d’algorithmes puissants, arbitrent et transmettent les ordres sur les marchés. Leur grande vitesse d’exécution, de l’ordre de quelques microsecondes, permet de potentiellement générer des profits sur certaines variations de prix. Cette pratique s’appuie sur une technologie et des équipements coûteux. Elle représente entre 50% et 80% des volumes d’activité selon les places boursières en Europe et dans le monde. Elle suscite néanmoins des interrogations quant à son incidence sur la qualité et l’équité d’accès aux marchés financiers, notamment pour les investisseurs traditionnels. Face à l’importance de ces enjeux économiques, le HFT mobilise une centaine de chercheurs très actifs dans le monde. Parmi eux, Laurent Germain, professeur de Finance à TBS, qui s’est attaché à concevoir un modèle structurel de prix qui intègre la vitesse de trading comme paramètre essentiel. Ses travaux relèvent du domaine de la microstructure des marchés, discipline qui vise à expliquer certains comportements spécifiques des marchés, tels que les phénomènes de volatilité, de bulles, par exemple. Laurent Germain figure parmi les premiers chercheurs européens à s’y être intéressé.

Un impact favorable sur la qualité des marchés financiers

Dans le cadre de ses recherches, Laurent Germain a pu mesurer les effets du HFT. Dans cette perspective, il a analysé l’impact de la vitesse de trading sur la liquidité, sur l’informativité et le niveau de profit des agents sur le marché. La modélisation de la concurrence entre Traders Haute Fréquence et traders traditionnels a ainsi démontré que le HFT :
– rend les prix informatifs plus rapidement,
– augmente la liquidité c’est-à-dire la capacité du marché à absorber les chocs sans provoquer de grandes variations de prix,
– réduit la volatilité.
En revanche, les effets du HFT sur les profits sont nuancés sur deux points :
– il diminue les profits des slows traders car ils n’ont pas accès à l’information au même moment. Il est impossible pour un petit investisseur de concurrencer un HFT, il est préférable qu’il fasse le choix d’une stratégie à long terme.
– si les profits des fast traders sont augmentés, ils plafonnent à partir d’un certain niveau de vitesse.

« Le Trading Haute fréquence est une conséquence inéluctable de l’avancée technologique dans le domaine de la finance. Si à terme, les petits porteurs étaient trop lésés, il faudrait avoir recours à la régulation. Les recherches que nous avons menées permettent de mieux comprendre les phénomènes et d’identifier les leviers d’action », commente Laurent Germain.

La surveillance des marchés face au défi des HFT

L’observation du comportement des Traders à Haute Fréquence montre que tant que ces derniers restent dans leur rôle de teneurs de marché (acheter, vendre et absorber les chocs du marché), ils ont un rôle positif sur la qualité des marchés.

Cependant, en période d’incertitude – notamment lorsque la volatilité implicite est élevée – leur comportement tend à changer. Dans ce contexte, ils se retirent pour revenir avec une politique d’arbitrage. Leur comportement devient directionnel et s’éloigne de leur rôle de teneur de marché. Dans ces situations, la surveillance des marchés joue un rôle essentiel. Avec une échelle de temps de l’ordre de 100 micro secondes, c’est-à dire de 10 000 ordres à la seconde, la tâche est ardue. Dans cette mission, les surveillants sont assistés par des logiciels très puissants qui scrutent l’activité du marché. Ces derniers génèrent des alertes en temps réel, permettent de surveiller les traders HFT et d’analyser leur comportement. L’accessibilité à des frais de trading réduits incitatifs qui conditionnent la rentabilité de la stratégie des HFT les oblige également à respecter de nombreux indicateurs très précis.

De façon générale, les bénéfices apportés par les traders haute fréquence restent une amélioration de la qualité du marché, un spread réduit (écart entre le prix d’offre et le prix de vente) et des montants proposés bien plus élevés que sans leur présence. Leur vitesse de trading a néanmoins la capacité d’amplifier des mouvements de marché ou de les stabiliser, d’où l’importance stratégique d’une surveillance efficace.

En 2018, la nouvelle régulation européenne (Markets in Financial Instrument Directive -MIF2) devrait permettre de mieux appréhender le HFT. Néanmoins, le progrès de la technologie apportera toujours plus de rapidité et nécessitera une régulation et des taxes adaptées.

Les prochaines Matinales de la Recherche

Les prochaines Matinales de la Recherche traiteront des sujets suivants :

  • L’innovation dans le domaine du spatial, Victor Dos Santos, Chaire Sirius.
  • La protection des données personnelles sur internet, Gregory Voss, Professeur d’économie, finance.

Le TBS Research Centre au cœur de l’expertise de TBS

97 enseignants-chercheurs sont regroupés au sein du TBS Research Centre. Sa mission première est de produire des connaissances nouvelles pour irriguer les enseignements dispensés dans les différents programmes de TBS. Elle est aussi de privilégier une démarche de recherche qui contribue à la création de valeur pour l’entreprise et à l’efficacité des politiques publiques, dès lors qu’elles touchent à la sphère de l’entreprise. Les travaux des enseignants-chercheurs du TBS Research Centre sont présentés dans les meilleures conférences académiques et publiés dans les revues scientifiques les plus prestigieuses. Ils sont également accessibles à un large public sur tbsearch.fr, blog au service des cadres, dirigeants, analystes, journalistes économiques.

Laurent Germain est Professeur en finance à TBS depuis 1992 dont il est ancien élève. Il a obtenu son doctorat en finance en 1997 à la Toulouse School of Economics. Il a fini sa thèse à la London Business School où il a été professeur. Diplômé de l’International Teachers’ Programme de New York University, il a fondé le laboratoire de recherche en Economie et Finance de TBS en 2000 et soutenu son habilitation à diriger les recherches à Paris-Dauphine en 2005. Il est un des Délégués Régionaux de l’Institut Français des Administrateurs, a été élu au Board de l’European Financial Management Association et fut academic fellow de l’Institut Europlace de Finance. L’article « Irrational Market Makers », qu’il a coécrit avec Fabrice Rousseau et Anne Vanhems a obtenu le prix de l’AFFI (Association Française de Finance) en juillet 2015.

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